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mercredi 24 février 2010

Francis Ponge, Pièces


« La valise

Ma valise m’accompagne au massig de la Vanoise. Et déjà ses nickels brillent et son cuir épais embaume. Je l’empaume, je lui flatte le dos, l’encolure et le plat. Car ce coffre comme un livre plein de trésor de plis blancs : ma vêture singulière, ma lecture familière et mon plus simple attirail, ou, ce coffre comme un livre est aussi comme un cheval, fidèle contre mes jambes, que je selle, je harnache, pose sur un petit banc, selle et bride, bride et sangle ou dessangle dans la chambre de l’hôtel proverbial.

Oui, au voyageur moderne sa valise en somme reste comme un reste de cheval. »

Poésie/ Gallimard

ISBN 2 07 031873 7

mardi 23 février 2010

Francis Ponge, le parti pris des choses




« Je ne sais pourquoi je souhaiterais que l’omme, au lieu de ces énormes monuments qui ne témoignent que de la disproportion grotesque de son imagintation et de son corps ( ou alors de ses ignobles moeurs sociales, compagniales), au lieu encore de ces statues à son échelle ou légèrement plus grandes ( je pense à David de Michel-Ange) qui n’en sont que de simples représentations, sculpte des espèces de iches, de coquilles à sa taille, des choses très différentes de sa forme de mollusque mais cependant y proportionnées ( les cahutes nègres me satisfont assez de ce point d evue), que l’homme mette son soin à se créer aux générations une demeure pas beaucoup plus grosse que son corps, que toutes ses imaginations, ses raisons soient là comprises, qu’il emploie son génie à l’ajustement, non à la disproportion, - ou, tout au moins, que le génie se reconnaisse les bornes du corps qui le supporte. »

Francis Ponge (1899-1988)

Poésie/ Gallimard

ISBN 2 07 030223 7